• J'ai souvent du mal à te comprendre mais j'y travaille de jour en jour.

    Tu es imprévisible et indomptable, tel un volcan prêt à entrer en ébullition.

    Ta joie est explosive, tout comme ta colère, car tu ne fais pas dans la demi-mesure. Et c'est parfois si dur de te suivre.

    Ton bonheur est communicatif. Ton regard pétillant et tes fossettes font fondre toutes les personnes qui t'entourent et même celles qui ne font que te croiser.

    Tu parais d'ailleurs toujours plus agréable aux personnes inconnues qui ne peuvent s'empêcher de te comparer avec Babyglu, discret et en retrait quand il ne connaît pas les gens.

    Tu mords la vie à pleine dents, tu profites de chaque instant et tu ouvre mon regard sur les choses simples de la vie. 

    Tu prends plaisir dans chaque chose que tu fais. C'est d'ailleurs un bonheur pour moi de t'observer manger ou de voir ton regard briller dès que tu nous montre une construction ou un nouveau trait sur ton dessin.

    Tu salue Mickey à chaque fois que tu le vois à la télé et tu lui crie "A bientôt Mickey" quand il quitte l'écran. 

    Oui tu cries, et souvent même, car ton enthousiasme est tel que tout explose en toi.

    Il en va d'ailleurs de même pour ta colère qui s'empare si brusquement et si violemment de toi. 

    Alors oui tu as deux ans et demi et tu es loin de maîtriser tes émotions, mais je sens également que tu détestes tant ces sentiments négatifs qu'ils te font bouillir de rage et t'angoissent au point que tu perds bien.

    Tu aimes tant la vie et tout ce qu'elle t'apporte, tu aimes le bonheur si fort, que les sentiments qui y sont opposés te sont intolérables.

    Tu te métamorphose alors en une boule de colère incontrôlable et inconsolable. Et je n'ai toujours pas trouvé la bonne manière de te faire reprendre pieds.

    L'impuissance et tes cris, accentués par mon hyperacousie, ne me permettent pas toujours de réagir avec calme et bienveillance.

    L'hyperacousie est une tare face aux cris et aux agressions auditives en tout genre. Elle me fait perdre pied, comme toi face à la colère.

    Dans le fond, on se ressemble énormément tous les deux.

    Je me suis toujours vue comme quelqu'un de passionné. Quand j'aime c'est sans mesure et il en va de même quand je n'aime pas ou quand je souffre. D'ailleurs, je ne sais pas faire semblant, l'hypocrisie est un défaut qui me dépasse totalement et qui m'agace au plus haut point. 

    Je suis persuadée qu'il en sera de même pour toi. Tu es trop occupé à apprécier la vie et ses bonheurs pour perdre du temps à simuler. 

    Et cela te portera probablement autant préjudice qu'à moi. J'ai mis des années à apprendre à faire "bonne figure" et je sais que ça ne trompe jamais les personnes qui me connaissent réellement.

    Mais ça sera à toi de décider quelle attitude tu souhaiteras adopter dans ce cas de figure. Je ne te serai pas d'un grand secours pour apprendre à simuler la cordialité ! Mais je serai toujours à ton écoute pour en discuter.

    En écrivant ces mots, je repense notamment à cette fois ou une petite fille a grogné sur Babyglu. Tu étais en train de jouer à côté, tu l'as entendue grogner sur ton frère (que ça n'avait pourtant pas perturbé), tu as finis ce que tu faisais puis tu as foncé sur elle pour la pousser et tu es retourné jouer.

    Je trouve que ce moment est tellement représentatif de ta personnalité ! Tu aimes la vie, tu en profites au maximum et tu repousse tout ce qui te déplaît.

    Et c'est à la fois ce que j'aime tant chez toi et ce qui me perturbe quand ta colère prend le dessus.

    Je sais déjà qu'à partir de ton entrée à l'école nous risquons d'être appelés "à cause" de ton comportement. Quand on n'entre pas dans le moule, on se fait vite remarquer et cataloguer. 

    Tu ne te laisseras pas faire par les autres et tu n'hésiteras pas à t'imposer ou à te défendre brusquement (et à défendre ton frère !) si tu te sens menacé. Et ça ne plaira pas à l'encadrement qui n'aura pas le temps (ou l'envie ?) de chercher à te comprendre.

    Mais je veillerai à ce que tu t'adaptes sans renoncer à ta personnalité si pétillante. 

    Ma bulle de bonheur


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  • Avant d'avoir un deuxième (puis un troisième !) enfant, je craignais de ne pas avoir suffisamment d'amour à offrir. Ou plutôt de ne pas aimer un autre enfant autant que j'aimais Big Brother.

    J'avais déjà évoqué ce sujet dans cet article d'ailleurs.

    Mais plus le temps passe et plus je m'aperçois que je me trompais en pensant pouvoir aimer deux enfants de la même manière.

    Un enfant est toujours unique et tellement différent des autres enfants. Comme on l'entend souvent "Un enfant n'est pas l'autre" et c'est on ne peut plus vrai.

    La fraternité apporte certes des traits de caractères communs ou des expressions communes mais dans le fond les enfants restent des êtres totalement uniques, tout comme les adultes d'ailleurs.

    Non pas que j'en doutais auparavant mais avec le temps, je me suis aperçue que mes fils et moi développions chacun nos relations particulières.

    Avec Big Brother nous avons toujours été assez fusionnels. Comme il était seul, nous avons réussi à lui apprendre à exprimer ses émotions et il a gardé cette aptitude. 

    Il sait qu'il peut tout me dire mais que rien ne l'y oblige et généralement quand il boude ou grogne (oui oui il grogne quand il n'est pas content !!), il revient souvent vers moi au bout de quelques instants afin de me dire "Tu sais pourquoi je suis en colère ?" et il déballe alors ce qu'il a sur le cœur. J'ai compris que lui demander ne servait à rien, il a besoin de décider lui-même du moment où il se confie. 

    Nous avons souvent des clash car c'est une vraie tête brûlée, comme ses parents et du coup nous voulons toujours tous avec le dernier mot. Et c'est souvent stupide d'ailleurs...

    Babycool est plus indépendant et moins câlin mais quand ça ne va pas c'est vers moi qu'il ressent le besoin de se tourner. C'est assez logique, la maman est souvent la figure d'attachement. 

    Il est plus méfiant que ses frères concernant les nouveautés (manège, poney...) et il a besoin d'être rassuré quand au fait qu'il a le droit d'avoir peur. Chose que je lui rappelle régulièrement. 

    Il est également très virulent quand il est en colère et j'avoue que je perds souvent pied face à sa "violence". Je sais bien qu'il est simplement dépassé par ses émotions mais ça n'est pas toujours évident à gérer. Alors une fois le calme revenu, on fait le point tout les deux et il répond alors en chuchotant, comme si il voulait me prouver qu'il est bel et bien apaisé. 

    Ça m'arrive également souvent de m'installer par terre avec lui en le gardant de force contre moi afin qu'il ne se fasse pas mal et qu'il trouve l'apaisement dont il a besoin. Là encore ça n'est pas toujours évident.

    Mais il y a cette connexion entre nous, connexion qui n'est pas toujours positive puisque selon le microkiné, c'est à cause des ondes qu'émet mon corps que Babycool devient parfois si violent. Il ressent mon vécu et est d'autant plus dépassé par ses émotions et les miennes finalement. 

    Quand à Babyglu, comme son surnom l'indique c'est ma "sangsue d'amour". Il sait rester avec son père ou avec sa nounou sans souci mais dès que j'arrive c'est "Câlin Maman." 

    Quand il est en "crise" il se calme plus facilement avec moi. J'avoue que sa naissance en siège et son anxiété permanente m'ont peut-être fait le couver un peu plus que ses frères, ou du moins différemment. Mais je ne le regrette en aucun cas puisque ses angoisses ont fortement diminué depuis sa naissance. 

    Il reste cependant assez méfiant avec les personnes qu'il ne connaît pas ou peu. A tel point que ces personnes pensent en général qu'il ne sait pas parler. Je suis donc obligée de leur dire poliment que c'est juste à eux qu'il ne veut pas s'adresser !

    Finalement je m'aperçois que c'est assez complexe d'expliquer la relation que j'ai avec chacun de mes fils. Je sais juste que bien que différentes, ces relations sont aussi forte avec l'un qu'avec l'autre.

    Ils se sentent forcément parfois en concurrence, mais je leur rappelle autant que possible que le cœur de Maman est assez grand pour tous les trois et que chacun y a sa place bien définie et surtout irremplaçable.

    L'amour qu'on a pour un enfant est inconditionnel et il l'est tout autant pour chaque enfant qu'on a par la suite. Ça paraît tellement évident dit comme ça mais ça m'a valu beaucoup de questionnement durant ma seconde grossesse et beaucoup de remise en question pour essayer d'en donner autant à chacun d'eux.

    Mais ça n'est pas possible car les besoins sont différents pour chacun, l'important est donc d'adopter la méthode caméléon et de s'adapter à chaque enfant.

    Ils ne comptent pas les "points", ils s'arrêtent juste à ce qu'on fait pour eux en tant qu'individu à part entière.

    Nos relations particulières 

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  • On ne dit jamais trop (ni jamais assez !) à nos proches qu'on les aime et on ne pense pas toujours à préciser pourquoi, ou plutôt ce qui nous fait fondre chez eux.

    C'est pourquoi, je tenais aujourd'hui à écrire à mes fils ce que j'aime chez eux. Non seulement pour qu'ils le sachent mais aussi pour en garder une trace indélébile. Merci l'ère du numérique !

     

     Big Brother 

    • J'aime te voir réconforter tes frères en t'allongeant à côté d'eux ou en leur assurant "Ça va aller, ne t'inquiète pas".
    • J'aime quand tu te concentres pour colorier sans dépasser avec cet air si sérieux et appliqué, comme si tu réalisais le plus grand des projets.
    • J'aime t'entendre dire "Rentre chez toi te reposer, tu as eu une grosse journée" aux personnes qui t'entourent quand je viens te chercher à la garderie.
    • J'aime quand tu te caches sous ta couette ou sous ta serviette et que tu rigoles dès que je demande "Mais il est où Big Brother ?!"
    • J'aime quand tu essaies de chanter en anglais et que tu t'arrête en disant "Olala il chante trop vite le monsieur !" (I don't wanna go to bed Simple Plan)

     

    Babycool

    •  J'aime cette façon que tu as de tenir ta tétine en dormant, comme si tu craignais qu'elle ne t'échappe. 
    • J'aime quand tu hurles cries "Keykey !" avec enthousiasme dès que tu vois Mickey quelque part, aussi petit soit-il.
    • J'aime te voir danser sans retenue dès que tu entends la moindre note de musique, même une sonnerie de téléphone !
    • J'aime quand tu entoures mes jambes de tes bras et que tu poses ta tête contre mes cuisses pour me faire un câlin, toi qui n'en est pas trop fan.
    • J'aime te voir saluer avec entrain les personnes que tu croises, que tu les connaisses ou non.

     

    Babyglu

    • J'aime devoir te chercher au milieu des peluches de ton lit, parmi lesquelles tu te sens rassuré.
    • J'aime la manière dont tu viens nous voir avec un chapeau ou des lunettes de soleil pour qu'on te les mette, et te voir repartir le sourire aux lèvres.
    • J'aime quand tu apportes sa tétine à Babycool et que tu la lui mets dans la bouche quand il est triste.
    • J'aime te voir t'auto-applaudir quand tu as réussi quelque chose dont tu es fier.
    • J'aime te voir exploser de rire pour des choses aussi simples que regarder Papa ou Big Brother faire des bulles de savon au dessus de toi. 

     

    Il y a évidemment un tas d'autres que j'aime chez chacun d'eux mais il fallait bien faire un choix et ce sont actuellement ces petites choses qui font craquer mon coeur de maman.

    Ils sont mes trois êtres parfaitement imparfaits et je veux me rappeler de ces moments simples et tellement vrais, tellement vivants.

     

    Ce que j'aime chez toi


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  • Tu es toujours mon tout petit et tu es pourtant si grand. 2 ans et demi d'avance à ton âge c'est tout simplement énorme, et parfois tellement déstabilisant. 

    Après seulement quelques mois passés chez elle, ta nounou me disait déjà "Il n'est pas comme les autres, c'est un phénomène et j'en ai vu passer des enfants". 

    C'est toujours une fierté d'entendre ce genre de phrase mais elle le disait elle-même, elle t'aime comme son propre petit-fils alors je me disais qu'elle manquait d'objectivité, tout autant que nous.

    Evidemment nous t'avons toujours trouvé très intelligent et tu nous as souvent épatés, et tu nous épates encore régulièrement d'ailleurs. Mais tu es notre premier enfant et nous n'avions pas vraiment de point de repère. Et puis, je trouvais ça prétentieux de te trouver plus intelligent que les autres. D'ailleurs, quel parent ne trouve pas son enfant plus intelligent, plus beau, plus dégourdi, tout simplement "plus" que les autres ?

    Mais quand le psychologue nous a demandé si nous connaissions le terme EIP (Enfant Intellectuellement Précoce) j'ai senti comme un poids se soulever de mes épaules... Pour mieux venir s'y rabattre.  

    Et si je gâchais ton potentiel ? Si je te faisais régresser au lieu de progresser ?  Si je ne savais pas comment t'accompagner en respectant ton évolution ? Et si je ne n'étais pas capable de reconnaître et d'accompagner tes angoisses ?

    Tu as 3 ans, presque et demi, tu es toujours mon bébé et tu es pourtant déjà si soucieux. Tu penses à des choses que tu devrais ignorer à ton âge et j'ai parfois du mal à trouver les mots pour te rassurer. 

    Tu as cette peur de l'abandon ancrée en toi et qui fait fuser tes méninges, accentuant tes angoisses.  

    "Personne ne va voler mon papa et ma maman hein ?", 

    "Personne ne va venir nous tirer [dessus] ?" 

    "Personne ne va voler notre maison ?" 

    "Notre maison elle va pas brûler ?" 

    Tes mots brisent mon cœur de maman qui ne sait plus comment te rassurer.  

    Je te répète sans cesse que je t'aime, que je suis votre maman à tous les 3 et que vous avez chacun votre place, que je viendrai toujours te chercher à la garderie, que papa rentrera toujours du travail, que nous te protégerons sans relâche et j'en passe. Et pourtant tes angoisses ne s'apaisent pas. 

    Ma culpabilité légendaire s'en voit d'autant plus alourdie que j'entends régulièrement "C'est bizarre qu'il pense ça à son âge." 

    La précocité c'est à double tranchant. C'est une fierté permanente de te voir évoluer si rapidement, de te voir faire des choses qui ne sont a priori pas de ton âge.  

    Tu reconnais les lettres de ton prénom et tu sais presque l'écrire seul.  

    Tu sais compter jusqu'à 15 en français et jusqu'à 10 en anglais. 

    Tu es le seul à vouvoyer ta maîtresse et elle est aussi impressionnée que nous.  

    Mais c'est aussi une tragédie de voir que tu anticipes tout et que tu ne profites pas simplement des choses comme les enfants de ton âge.  

    C'est aussi difficile de voir que tu refuses de faire ce qui ne t'intéresse pas. Le psy nous a bien dit que pour les enfants comme toi, le dessin et l'écriture ne vont pas assez vite pour ta pensée et que tu préfère les éviter au point de refuser de dessiner un simple bonhomme en classe.  

    Sur ce point, il semblerait néanmoins que tu te sois assoupli en classe et que tu acceptes enfin de faire comme les autres. 

    Ta maîtresse m'a déjà dit qu'elle a peur de te mettre en échec scolaire car elle n'est pas formée pour les "enfants comme toi". Elle s'adapte tant qu'elle peut, elle te laisse faire autre chose quand c'est possible et je l'ai sentie rassurée quand je lui ai dit que tu étais content de tes journées. 

    Et moi j'ai peur d'accentuer ta peur de l'abandon depuis la naissance de tes frères car je manque de temps, je me divise en permanence et je ne peux pas faire tout ce que je souhaiterai, ce qui est aussi frustrant pour toi que pour moi. 

    Tu as beau être en avance sur beaucoup de chose, tu as toujours les capacités émotionnelles d'un enfant de ton âge... en plus fort. Le psychologue et l'ostéopathe que tu as rencontrés nous ont tous les deux expliqués que les émotions chez les enfants précoces étaient exacerbées.  

    Quand tu étais bébé, je me suis souvent demandé si tu n'étais pas un B.A.B.I. Mais il y avait finalement autant de points qui te correspondaient que de points qui étaient si éloignés de ton caractère. Tu as toujours accepté d'aller vers les autres, tu as rapidement si jouer seul, comparé à tes frères on peut dire que tu t'es peu fait mal volontairement.  

    Et depuis l'arrivée de Babyglu, je sais qu'un B.A.B.I. c'est tout autre chose que toi bébé ! 

    Mais je sais aussi que tu es un hyper sensible, que tout te touche et que tu n'aimes pas voir les personnes que tu aimes tristes ou malades. 

    Tu es très attentionné, tu souhaites une bonne journée à tout le monde, tu nous demandes comment nous allons, tu nous fait des bisous, tu apportes des jouets à tes frères pour les calmer (quand tu es décidé bien sûr !!), tu dis à ta maîtresse "Le soleil va se coucher, il faut que tu rentres pour te reposer."  

    Et tu ne peux pas savoir à quel point je suis fière d'être ta maman. Je suis fière d'entendre régulièrement que les gens sont épatés d'un tel comportement et d'un tel langage à ton âge. Je suis fière devant ta volonté d'apprendre encore et toujours, tes demandes constantes pour faire des activités, découvrir les lettres et les chiffres et tant d'autres choses. 

     

    Et je tiens à ce que tu saches que rien n’entachera jamais cette fierté et que oui je serai toujours ta maman et je t'aimerais toujours plus que tout au monde, plus que tout l'univers et même bien plus encore...

      Mon grand petit garçon


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  • J'ai le cœur si lourd que je ne sais pas par où commencer. Nous sommes le 17 novembre 2015 et je n'arrive pas à accepter l'inacceptable. Je me refuse à prononcer certains mots par peur de les rendre trop réels et pourtant ils me hantent, surtout un en particulier.

    Un mot si lourd de sens, si loin de tout ce que j'ai toujours souhaité pour vous. Un mot que j'aimerais que vous n'entendiez jamais, qu'aucun enfant ne devrait jamais entendre d'ailleurs. Je ne suis pourtant pas du genre à me voiler la face mais la peur semble me faire dérailler. Car oui j'ai peur.

    Depuis 3 jours mon cœur s'emballe en permanence. Depuis 3 jours je tremble et je retiens mes larmes quand je dois m'éloigner de vous ou de votre père. J'ai l'impression de ne jamais m'être vraiment réveillée ce samedi 14. Je suis piégée dans ce moment où j'ai lu les nouvelles, l'horreur du VENDREDI 13 NOVEMBRE 2015, le sang, les cris, les larmes, LES MORTS, tellement de morts... Des personnes comme vous et moi qui étaient juste sorties s'amuser, prendre un verre, voir un match de foot ou aller à un concert. Des personnes qui étaient juste au mauvais endroit au mauvais moment et qui sont devenues les victimes de l'ignorance et de la barbarie.

    De l'ignorance car les monstres qui les ont tuées l'ont fait au nom d'un Dieu, Allah, qui n'a jamais demandé une telle infamie. Voici un extrait du Coran, qui est soit-disant le texte sur lequel ils s'appuient :

    Mes amours, ma vie, mon futur

    Et de la barbarie car il n'y a pas d'autres mots pour décrire de tels événements ; des attentats. Je ne souhaite pas faire un débat sur la religion mais vous savez que je respecte les croyances de chacun et j'espère que vous en ferez de même. Je tiens juste à vous montrer qu'il ne faut pas faire d'amalgame. Les musulmans ne sont pas des terroristes. La différence est simple. Les musulmans sont des croyants au même titre que les chrétiens par exemple et les terroristes sont des monstres de barbarie. Et ceux-là, on ne peut pas les chasser avec vos sprays anti-monstres malheureusement.

    Depuis ce samedi, je vois des cibles potentielles partout. Les gens préparent les fêtes, les magasins sont bondés. Les centres commerciaux ne désemplissent pas. Nous habitons une petite ville mais proche d'une plus grande ville avec un célèbre stade de foot récemment rénové. Une ville où s'est également installée l'annexe d'un grand musée parisien il y a quelques années. Je ne veux pas être parano mais je ne peux pas ne pas y penser. Je ne peux pas fermer les yeux et c'est d'ailleurs de nuit que je vous écris.

    Je ne me sens pas légitime de ressentir ce genre de choses car j'ai eu la chance de ne perdre aucun proche. Nous avons été préservés mais je ne peux m'empêcher de penser à toutes ces familles brisées. Et la pensée de pouvoir vous perdre un jour me hante.

    J'ai peur de partir et de ne plus jamais rentrer pour prendre soin de vous. J'ai peur que votre père parte au travail sans avoir l'occasion de revenir. Mais plus que tout, j'ai peur de recevoir un appel m'annonçant qu'il vous est arrivé quelque chose. Comment pourrais-je continuer à vivre après ça ?

    Je m'excuse platement auprès des familles qui ont vécu ce drame et qui doivent me trouver fort égoïste mais je ne parviens pas à faire taire cette angoisse. 

    Vous savez bien que je suis de nature angoissée et que vous perdre a toujours été une grande terreur pour moi, comme pour tous les parents évidemment. Mais là ça s'est accentué au point que je pars travailler les larmes aux yeux, que je descends du train au bord de la crise d'angoisse jusqu'au moment de vous retrouver.

    Ces 10 dernières années, votre père et moi n'avons eu de cesse de nous battre pour construire la vie que nous avons aujourd'hui. Pour vous avoir, pour vous offrir LA maison, pour que vous ne manquiez de rien. Et maintenant que tout est en place, que tout roule, nous allons peut-être devoir nous battre pour vous garder en sécurité, sécurité qui n'existe plus nulle part ! 

    Je perds pieds et je perds foi depuis ces derniers jours. Mais vous me connaissez, quand vous lirez cette lettre, peu importe dans quelles circonstances cela arrivera, vous saurez que votre mère avait besoin d'écrire afin de d'évacuer et de rebondir. Car poser ces mots me fait du bien. 

    Je ne vous parle de rien aujourd'hui car vous êtes tous si petits. Je sais que tu es capable de comprendre l'essentiel Big Brother, je n'ai aucun doute là dessus. Et c'est justement pour ça que je souhaite d'autant plus te préserver. Tu n'as que 3 ans et personne n'a le droit de te voler ton enfance et ton innocence, encore moins ces barbares. Tant que je pourrais vous préserver, je le ferai. C'est quelque chose que ces monstres n'auront pas. 

    Je ne souhaite pas vous mettre dans un cocon. Je vous ai toujours parlé de tout mais pas ça, pas maintenant. Je veux continuer à vous voir vous endormir dans des endroits incongrus, à croire au Père Noël, à vous battre pour un jouet, à danser dès que vous entendez la moindre note de musique, à vous émerveiller du moindre détail qui vous attire. Et je vais vous avouer une chose, c'est ça ma drogue, mon essence, c'est ça la vie tout simplement !

    C'est vous qui avez tout compris et c'est vous qui serez les hommes de demain, vous que j'essaye d'élever dans la tolérance et la bonté, vous qui me donnez l'espoir et la force, vous qui je l'espère ne jugerez personne sur sa couleur de peau, ses orientations religieuses ou sexuelles.

    Je tenais à vous écrire pour apaiser mon cœur et vous laisser une trace de ce moment historique car le devoir de mémoire est primordial. Indirectement vous avez vécu ce drame et vous devez savoir ce qu'il s'est réellement passé. C'est pourquoi, j'ajoute une édition du journal Le Monde du 14/11/2015 dans votre boîte à souvenirs, tout en espérant pouvoir un jour mettre celle qui annonce la fin de cette folie.

     

    Mes amours, ma vie, mon futur

    Source Photo (coloring by me)

     


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