• Il y a quelques temps je me suis aperçue que je ne suis pas seule.

    Elle est là, toujours présente, régissant certaines de mes réactions et m'empêchant de réagir comme je le souhaiterais vraiment.

    Elle m'empêche d'apporter la bienveillance dont je rêvais pour mes enfants. 

    Elle leur a fait connaître les cris et la rage, la peur du rejet et de l'abandon, la violence que j'ai tant cherché à enterrer.

    Je parle ici de violence au sens large, celle qui s'est enfouie au fond de moi à chaque coup reçu, chaque insulte entendue, chaque humiliation vécue. 

    Celle qui cherche à prendre le dessus dès que je me sens dépassée, tel un chien qui attaque lorsqu'il se sent en danger.

    Mais je sais enfin qui tient la laisse de cet affreux pittbull... 

    C'est une petite fille apeurée et perdue, écrasée par les cris et les coups. 

    Elle ne subit plus depuis une paire d'années maintenant mais elle s'est promis de ne plus jamais se laisser faire, de ne plus jamais servir de punching-ball.

    Alors quand le ton monte, quand son avis n'est pas respecté ou quand des petites mains se lèvent, elle perd tous ses moyens et ne songe plus qu'à se défendre.

    Elle ne réalise pas qu'elle se trompe de cible, qu'elle est à l'abris de ce qu'elle a vécu.

    Elle est restée piégée à cette époque où les coups pleuvaient et où elle ne pouvaient rien faire. A cette époque où, qu'elle dise blanc ou noir, ça n'allait jamais. 

    Et au lieu de me retenir en me rappelant que ces réactions l'ont brisées, elle reproduit, consciemment et inconsciemment à la fois.

    Elle vit nichée au creux de mon âme, se rappelant à moi sans que je ne parvienne à la contrôler.

    Elle a su me permettre de garder mon âme d'enfant mais elle en a également gardé les blessures et les séquelles.

    C'est pour cette raison que je dois  me séparer d'elle pour être plus sereine et abandonner ces souvenirs une bonne fois pour toute.

    A la fin du mois, je rencontre un hypnothérapeute pour m'aider à, non pas la chasser, mais l'apaiser et lui faire comprendre que tout ce mal est passé et n'a plus rien à faire dans notre vie. Et encore moins dans celle de mes enfants... 

    Je dois te laisser partir

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  • Je profite de l'anniversaire des twinnies pour vous présenter un projet qui me tenait vraiment à cœur.

    Vous le savez maintenant, je suis ultra conservatrice. C'est probablement lié au fait que j'ai moi-même très peu de souvenirs de mon enfance, pour ne pas dire aucun.

    Je n'arrivais donc pas à me séparer des vêtements de mes fils, encore moins de ceux qui me faisaient craquer.

    J'ai bien entendu gardé pour chacun leur première tenue complète (pyjama, body, bonnet, chaussons), la tenue de leur premier Noël, leur première paire de chaussures et certains vêtements particuliers, mais je ne pouvais raisonnablement pas tous les garder.

    J'ai donc fait plusieurs tris et je me suis retrouvée avec une pile de vêtements dont j'étais incapable de me séparer. 

    Quelques temps plus tard je suis tombée sur une idée géniale sur le net (impossible de retrouver la source !) : recycler les vêtements de bébé en en faisant une couverture.

    Le hic c'est que je ne sais pas coudre ! Je n'ai jamais appris, je n'ai pas de machine et avec une aiguille dans les mains je fais plus de dégâts qu'autre chose ! 

    Je sais recoudre des boutons, des coutures qui se décousent mais ne regardez jamais l'envers du décor, je ne fais pas dans la dentelle !

    Il ne me restait plus qu'une option, le faire faire par quelqu'un de bien plus doué et minutieux que moi. 

    Je venais de passer plusieurs commandes de snoods à la créatrice Aude Kikou et je me suis donc permise de lui parler de mon projet.

    Pour mon plus grand plaisir, elle a accepté et après en avoir bavé un petit moment (ben oui les vêtements de bébés c'est petit donc quand on les découpe ça s'enroule) elle m'a fourni ce superbe résultat :

    Souvenirs, souvenirs

    Souvenirs, souvenirs

    Souvenirs, souvenirs

     

    Désormais, cette couverture ne quitte plus ma chambre. Elle est installée sur le fauteuil qui me servait pour allaiter mes fils, un endroit très symbolique.

    Je n'ose pas l'utiliser car j'ai trop peur de l'abîmer et de perdre ce précieux souvenir. 

    Mais cette couverture est et sera toujours un merveilleux souvenir de mes enfants. Elle est faite avec des vêtements qu'ils ont portés tous les 3, elle est douce et elle est superbe.

    Et je ne remercierai jamais assez Aude Kikou pour le travail qu'elle a fait pour que mon projet se réalise. 


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  • Mme G.,

    Quelle surprise de te voir refaire surface après 11 années de silence. 

    Je précise tout de suite, je t'appelle "Madame" et je te tutoie, ça n'est pas une erreur de langage. Non, la raison est toute simple. Le "Madame" ça met de la distance entre nous, tu ne mérites pas d'être appelée autrement d'ailleurs, mais le vouvoiement est une marque de respect, chose que je n'ai plus pour toi depuis fort longtemps.

    Je disais donc, tu refais surface, enfin c'est une façon de parler. Disons plutôt que tu nous as montré que tu existais toujours. 

    Concrètement, tu nous as surtout prouvé que tu nous espionnais, ou du moins, que tu cherchais à savoir ce que nous sommes devenus. Peut-être même que tu t’interroges sur le fait de savoir si tu es grand-mère ou non que sais-je ?!

    Bon, déjà, je sais que ça n'est pas dans le but de reprendre contact. Vois-tu, Facebook est certes une incroyable mine d'informations pour savoir ce que les gens deviennent... Mais c'est aussi, et surtout même, un vilain petit mouchard pour celui qui sait l'utiliser... ce qui ne semble pas être ton cas.

    C'est pourquoi, dans ma grande mansuétude, je vais t'aider. Tu veux savoir ce que nous sommes devenus ? C'est simple ; des gens biens !

    Cela peut paraître prétentieux présenté de la sorte mais, soyons honnêtes, c'était loin d'être gagné ! Tu nous avais toi-même tracé des avenirs peu glorieux, moi finissant sur un trottoir et mon frère quoi déjà ? Sans avenir à ton sens il me semble. Nous les "saloperies de L." pour reprendre tes propres mots.

    Et pourtant, celui que tu croyais sans avenir, que tu as dénigré plus d'une fois et en lequel tu n'as tout simplement jamais cru, est aujourd'hui juriste associé dans un cabinet d'expertise comptable et prochainement avocat ! Et, à défaut d'avoir une mère qui soit fière de lui, il a une soeur qui l'est totalement et qui sait par quoi il est passé pour en arriver là. Toutes les épreuves, tous les combats qu'il a menés, en faisant toujours passer mon propre bien-être avant le sien, il ne les doit à personne d'autre qu'à lui-même et je ne suis on ne peut plus fière d'être la soeur d'un tel homme.

    Quand à moi, je n'ai probablement pas un boulot qui fait rêver mais je pense aider des gens chaque jour et c'est ma petite victoire personnelle. Elle est simple, plutôt que de m'apitoyer sur mon sort, j'ai préféré me rendre utile.

    Mais notre plus belle victoire c'est d'avoir chacun su fonder une merveilleuse famille, car oui je te l'annonce tu es mamie, et 5 fois même ! Alors oui, ton ombre plane parfois, on a peur de reproduire, de mal faire parce qu'on a connu que ça mais finalement ça nous aide à être encore de meilleures personnes car on se remet régulièrement en question.

    La preuve en est, quand mon frère m'a parlé de ton "invitation", nous nous sommes tous les deux interrogés. Etait-ce une erreur de manipulation ? Une volonté de reprendre contact ? Des explications à donner ou à entendre ? 

    Alors on s'est dit qu'on avait grandit, qu'on était en mesure de discuter même si, bien évidemment, les choses ne pourraient jamais être comme avant. Nous ne serions jamais une vraie famille, nous ne l'avons d'ailleurs jamais été. Mais on y mettait de la bonne volonté en tout cas, le tout en laissant nos rancœurs de côté le temps d'en savoir d'avantage. 

    Mais tu nous a vite permis d'être fixé. Une fois l'invitation acceptée, tu as simplement supprimé mon frère (ou devrais-je plutôt l'appeler "ton fils" ?) de tes "amis" (ouh qu'il est moche et ridicule le langage de facebook). Nous avions donc raison depuis le départ, ta demande d'amitié était juste accidentelle. C'est ce qui arrive parfois quand on espionne les gens hélas.

    Mais au fond, je te remercie. C'est vrai, je me suis toujours demandé qu'elle serait ma réaction si on m'annonçait que tu étais gravement malade ou mourante. Et j'ai toujours pensé que je viendrais te voir.

    Maintenant je sais que je n'irai pas, car même après tant d'années tu n'as pas changé et c'est juste ta curiosité malsaine qui est venue fourrer son nez dans nos profils (pas de chance pour toi, le mien est fermé aux personnes qui n'ont aucun ami en contact avec moi !).

    La page était tournée depuis un moment, mais cette fois le livre est clos.  

     

    Des gens biens

     


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  • Il y a des choses dans la vie qui vous changent à tout jamais. Elles sont parfois anodines, parfois insignifiantes et pourtant elles sont là et laisseront une trace indélébile.

    Je n'oublierai jamais ce dimanche 10 octobre 2004.

    Ce n'est pas tant la date qui me parle, bien qu'elle marque un bouleversement dans ma vie, un changement irréversible. Non c'est quelque chose de plus simple finalement que je n'oublierai jamais. 

    Un regard. Froid. Glaçant. Perçant. Vert.
    Elle avait la phobie des serpents et pourtant, tout dans son regard, à cet instant, avait la froideur du reptile. 

    Un regard qui m'a brisée, détruite. 
    Pourtant accompagné d'une simple phrase, somme toute très banale, "Pourquoi tu ne pars pas maintenant ?".

    Un repas jamais terminé. Un sac à dos rempli en 5 minutes. Des clés réclamées. Et l'attente...

    Seule dans la rue, n'appartenant plus à aucun endroit, plus à personne...

    Du haut de mes 19 ans, j'attendais qu'on vienne me chercher tout en sachant que tout ce que j'avais pu sauver de ma vie se tenait dans un sac à dos. 

    Tout en sachant que peu importait qui viendrait me chercher, je n'avais plus de toit. 

    Je n'avais plus de mère... 

    Le regard

    Crédit Photo Neslihans


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