• "Non, je veux pas"

    "Non, je veux pas"

     

    Partir chez le médecin à pieds avec 2 enfants malades (Big Brother et Babyglu) et le 3ième (Babycool) qui n'a pas fait de sieste, ça relève un peu de la mission suicide. Surtout après une nuit plus que hachée pour tout le monde.

    Mais les microbes s'étant installés, je n'avais pas le choix.

    Evidemment une fois dans le cabinet du médecin, qui nous a pris instantanément heureusement, Babycool s'est mis à crier, à se déshabiller, à toucher à tout et à essayer d'ouvrir bruyamment la porte car il avait envie de faire pipi.

    Big Brother une fois ausculté s'est également mis à toucher à ses stylos, à sa fameuse lampe qui s'allume en tirant sur un fil et dont la perle en bois au bout de la ficelle tinte contre le pied en alu quand on la lâche.

    Et là tu le sens bien le regard désapprobateur du médecin de la vieille école qui ne te dit rien mais n'en pense pas moins. Le regard et l'ignorance des faits de mes enfants qui sont tellement plein de sous-entendus et qui laissent transparaître la hâte que nous quittions tous son cabinet.

    Bien sûr je comprends tout à fait qu'il n'apprécie pas qu'on fouine dans son cabinet, je n'apprécie d'ailleurs pas non plus que mes fils le fasse, pas même chez moi. 

    C'est cette tension dégoulinante de jugement qui s'installe que je n'aime pas. Ok tu n'as pas élevé tes enfants comme ça cher docteur, et je le respecte parfaitement, pour toi il fallait que ça "soit cadré, que ça obéisse" et il n'y avait pas la place pour les crises. Mais je ne suis pas comme ça, non par abandon mais par envie, oui oui par envie. Cela t'échappe peut-être mais je n'ai pas envie que mes enfants obéissent parce qu'il le faut ou par peur mais parce qu'ils comprennent. 

    Alors oui il arrive qu'ils ne se comportent pas bien en société, ou plutôt pas comme la société le souhaiterait mais ce sont des enfants non ? Et là où vous voyez un enfant impoli et irrespectueux de votre espace ou de la "vie en société", je vois un enfant fatigué qui doit tenir tant bien que mal et qui s'agite à cause de l'énervement provoqué par la fatigue et le manque de sommeil.

    N'êtes-vous pas vous-même de mauvaise humeur lorsque vous êtes fatigué ?

     

    Ensuite, départ pour la pharmacie qui est à 3 minutes de chez le médecin, 3 minutes qui en paraissent 10 avec Babycool qui se jette à terre, refuse de remettre son manteau puis de marcher. Heureusement, j'avais son biberon dans mon sac, ce qui lui a permis de marcher les quelques mètres nous séparant de la pharmacie. 

    On arrive à la pharmacie tant bien que mal. Ils ont une petite table avec des jeux pour occuper les enfants. Babyglu a préféré vaquer dans les rayons pendant que ses frères se sont assis 2 minutes.

    Big Brother est venu s'installer au guichet avec moi touchant au stylo relié à une chaîne qui sert à remplir les chèques. J'ai du lui répéter plusieurs fois d'arrêter d'y toucher avant qu'il ne le fasse vraiment.

    Puis Babyglu est venu me montrer une bouteille de gel antibactérien en me disant "Tu avais ça maman". Je lui ai répondu que oui mais qu'il fallait le reposer, ce qu'il a fait tranquillement.

    Enfin, Babyglu m'a apporté une boîte de bonbons vitamines. Vous savez ces grosses boîtes installées juste à côté de la table de jeux pour enfants et à leur portée bien sûr, avec plein de couleurs et même des dinosaures sur l'étiquette !

    Je lui ai dit qu'il était trop petit pour ça et que nous avions déjà des vitamines adaptées à son âge à la maison.

    Mais n'oubliez pas qu'il était fatigué alors autant vous dire que ce refus fut très mal accepté.

    Il s'est allongé par terre, a hurlé "non je veux pas" (sa phrase préférée en temps de colère) et là j'ai de nouveau senti ces regards dégoulinants de jugements, ceux de tous les clients de la pharmacie, ceux qui pensent "Oh moi les miens n'ont jamais fait ça" ou "Elle ne sait pas tenir ses enfants celle-là !".

    Alors, mon manque de confiance en moi me rend peut-être parano mais ces regards sont tellement révélateurs, tellement insistants qu'il est difficile de se tromper sur le fond de la pensée qu'ils masquent.

    Dans ces moments là je me sens cernée, je me sens au centre de l'attention alors que je déteste ça et j'avoue que ça a tendance à me faire perdre mes moyens.

    Et finalement les cris de Babycool résumaient parfaitement ma pensée car non je ne veux pas de vos jugements, ni de votre pseudo compassion, ni de vos regards désapprobateurs ! 

    Je ne veux pas me sentir jugée à chaque colère de mes enfants car c'est un sentiment on ne peut plus normal et qu'ils ont le droit de ressentir et d'exprimer ! Et si ça vous dérange autant, c'est peut-être parce que vous refrénez trop les vôtres.

    Là où vous voyez des enfants mal élevés, je vois des enfants en quête de découvertes, qui n’abîment rien mais touchent car oui découvrir les choses passe par le toucher ! 

    Je vois un enfant fatigué qui se jette à terre car il est au bout du rouleau, il suit sa famille mais ne désire qu'une chose se reposer avant de poursuivre sa journée.

    D'ailleurs, quand après avoir quitté ces regards appuyés j'ai enfin retrouvé mes moyens, j'ai pu écouter sa peine et j'ai pu le rassurer.

    En marchant il criait "Aïe, non arrête". Encore sous le coup des regards assassins, je n'ai pas prêté attention à ses mots et j'ai même pensé un instant qu'il voulait juste attirer l'attention et me faire passer pour une mauvaise mère ! Tu le vois là le poids des regards réprobateurs ??

    Et puis j'ai finalement pris le temps de m'arrêter, de m'asseoir face à lui et de lui demander où il avait mal. Ce à quoi il m'a répondu "Aux jambes". Car il était tout simplement trop fatigué pour marcher sans douleur. Et miracle, quand je lui ai dit que je comprenais sa douleur, que nous étions proches de la maison et que je savais qu'il allait réussir à tenir jusque là, je ne l'ai plus entendu se plaindre.

    Alors mon éducation n'est probablement pas la meilleure mais j'en suis fière et au final je suis plus en colère contre moi que contre ces regards et ces jugements, car ils continuent de me perturber alors que je devrais me contenter de les ignorer.

     

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